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100h de vol, une étape

Igor Cozy Provence
Igor Cozy Provence

100 Heures : Du virtuel au réel, le sacre du Fox Papa.

Dans la vie d’un pilote, certains chiffres marquent plus que d’autres. Si le brevet est une porte ouverte sur le ciel, la 100ème heure est souvent celle d’une certaine maturité, si tant est qu’on puisse l’atteindre un jour. Pour moi, ce passage symbolique s’est fait à 9 000 pieds avec le future F-PCCJ, aux commandes d’une machine qui porte en elle bien plus que de la fibre et de la résine : l’aboutissement d’une passion, commencée bien avant de toucher un manche réel.


L’école du virtuel


Comme beaucoup d’entre nous, j’ai commencé à voler avant même d’avoir l’âge de conduire. Depuis que je suis gamin, l’ordinateur a été mon cockpit de substitution. Faute de pouvoir grimper dans un vrai avion, j’ai passé des centaines d’heures à compenser cette frustration par le vol virtuel.
Ces dernières années, ce n’était plus du simple jeu, mais de la « vrai simulation » pure et dure. Sur DCS ou Flight Simulator, j’ai appris une certaine rigueur des procédures, la gestion des systèmes et le vol, tantôt en formation serré, tantôt en navigation VFR. Mais si le simulateur forge l’esprit et l’envie, il restait à confronter cette expérience à la réalité du vol et de l’imprévu.


Le grand saut


Tout a commencé concrètement le 1er novembre 2019. Ce jour-là, sous l’œil bienveillant de Philippe, mon instructeur, je prenais ma première « vraie » leçon. Les réflexes acquis sur simulateur ne tardent pas à payer : après seulement 6h30 de vol, vient le grand saut, le premier solo. Un moment suspendu, cette impression d’être enfin seul maître à bord, là où le silence du cockpit ne laisse place qu’au ronronnement du moteur et au battement du cœur, le moment tant attendu où le stress et l’excitation se mélangent.
Le chemin vers le brevet, obtenu le 30 novembre 2022 avec un peu plus de 60 heures au compteur, n’a pas été un long fleuve tranquille. Entre les confinements, les contraintes budgétaires et les changements de monture, il a fallu faire preuve de résilience. Mais chaque heure passée au sein de la « famille aéro » était une bouffée d’oxygène, un rappel constant que l’aviation est avant tout une affaire de partage et de passion brute.


La liberté de construire


Aujourd’hui, l’aventure a pris une dimension nouvelle. Ce vol d’1h20 qui vient de me faire franchir la barre des 100 heures, je l’ai effectué à bord de ma propre machine. Un CNRA (Construction Amateur) acheté à celui-là même qui m’avait donné mes premières leçons. Philippe ne m’a pas seulement appris à piloter ; il m’a ouvert les portes d’un monde que je pensais inaccessible dans notre société actuelle, souvent jugée trop réglementée ou « aseptisée ».
Pourtant, le miracle de la construction amateur existe bel et bien porté par la fédération RSA. Construire ou posséder un avion que l’on entretient et que l’on fait évoluer soi-même est une liberté sans nom.


9 000 pieds pour une centième


Pour célébrer ce cap, j’ai mis le cap vers le haut. C’est à 9 000 pieds, dans le ciel de Provence, que le chronomètre a basculé. Je suis resté sagement dans un rayon de 40 km autour de LFMA (Aix-Les Milles), respectant scrupuleusement la zone d’essai assignée à mon immatriculation temporaire : Fox Whisky.
C’est une phase particulière dans la vie d’un pilote-propriétaire. Chaque vol est une analyse, chaque paramètre est scruté en attendant le sésame définitif de l’OSAC qui viendra clore le programme d’essais. Mais sous le casque, quelle satisfaction de voir les aiguilles s’aligner et la machine répondre parfaitement aux sollicitations.


Et maintenant ?


La suite ? Elle se dessine déjà. Il y aura d’abord une célébration de rigueur avec les copains de l’association, car on ne franchit pas une telle étape sans trinquer à la santé de l’aviation légère. Ensuite, une fois les essais validés, le « Fox Whisky » laissera place à une immatriculation définitive « Fox Papa », et notre zone de jeu s’étendra bien au-delà de la Provence.
L’Europe nous attend, et avec 100 heures en poche et une machine que je connais de mieux en mieux, le voyage ne fait que commencer.

Igor 100eme heure de vol